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Stabilité du franc congolais, un bien qui fait mal aux fossoyeurs de la souveraineté monétaire

Stabilité du franc congolais, un bien qui fait mal aux fossoyeurs de la souveraineté monétaire

Réaction du Groupe de recherche en économie et commerce (Grec) à une lettre ouverte adressée ce 28 janvier 2026 au Gouverneur de la BCC.

 

Quand certains regrettent la faiblesse du Franc Congolais, le Groupe de recherche en économie et commerce (Grec), offusqué par l’acharnement intellectuel et rhétorique observé dans certaines tribunes récentes à l’encontre de l’action de la Banque Centrale du Congo (BCC), rappelle que la rigueur monétaire n’est ni une nostalgie coloniale ni un refus de modernité. Face à une lecture qu’il juge idéologisée, partielle et déconnectée du cadre légal ainsi que des réalités macroéconomiques du pays, le Grec a estimé nécessaire d’éclairer l’opinion publique et de rétablir quelques vérités économiques élémentaires. Sa réaction déconstruit méthodiquement les thèses développées dans ladite lettre ouverte, en rétablissant les responsabilités, les cadres juridiques et les réalités institutionnelles.

1. Stabilité monétaire : un socle, pas un fétiche

Qualifier la stabilité des prix de « paradigme daté » relève moins d’une analyse rigoureuse que d’un contresens historique. Comme le rappelle Milton Friedman, pourtant souvent invoqué à tort ou à raison par ses détracteurs, « l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire » (Friedman, 1963). Dans des économies à mémoire inflationniste aiguë, la stabilité monétaire constitue un préalable à toute projection « intertemporelle »crédible.

La littérature économique est sans ambiguïté : une monnaie instable détruit l’épargne, raccourcit l’horizon de décision des agents et alimente la dollarisation. À ce titre, Blanchard souligne que « la stabilité macroéconomique n’est pas un objectif en soi, mais une condition nécessaire à une croissance soutenable » (Blanchard, 2017). En RDC, où la majorité de la population est rémunérée en francs congolais, ce principe prend une dimension sociale et politique évidente.

2. Modernité monétaire : séquençage contre incantation

Contrairement à ce qui est avancé, la Banque Centrale du Congo n’ignore ni la monnaie scripturale ni les infrastructures de paiement modernes. Elle en appréhende simplement les conditions de viabilité. Comme le rappelle la Banque des règlements internationaux, « les systèmes de paiement sûrs et efficaces reposent avant tout sur la solidité institutionnelle, la confiance et la gouvernance » (BIS, 2020).

La modernité monétaire n’est pas un slogan technologique. Elle est une architecture. Dans les économies à faible profondeur financière, une expansion monétaire non disciplinée ou une digitalisation mal encadrée ne produit pas de souveraineté, mais des vulnérabilités systémiques. À cet égard, l’approche graduelle et prudente de la BCC s’inscrit pleinement dans les standards internationaux.

3. Création monétaire et développement : attention aux raccourcis

La tentation de faire de la Banque Centrale le substitut d’une politique industrielle absente est intellectuellement séduisante, mais économiquement dangereuse. Comme le rappellent Acemoglu et Robinson, « les institutions économiques inclusives reposent sur des règles crédibles et prévisibles, non sur la discrétion permanente » (Acemoglu & Robinson, 2012).

La coordination entre politique monétaire et politique budgétaire suppose des capacités administratives, fiscales et productives que la création monétaire, à elle seule, ne saurait remplacer. Demander à la BCC de « forcer » la transformation structurelle revient à lui imputer les responsabilités d’autres sphères de l’action publique.

4. Dédollarisation : une responsabilité d’État, pas un décret monétaire

La dédollarisation durable commence là où l’État assume pleinement sa monnaie. Comme l’indique Reinhart, « la dollarisation est moins un choix idéologique qu’une réponse rationnelle à l’incertitude institutionnelle » (Reinhart, Rogoff & Savastano, 2003). La Banque centrale peut accompagner, inciter et encadrer, mais elle ne peut se substituer aux décisions budgétaires, fiscales et salariales du gouvernement.

5. Note conclusive

La Banque Centrale du Congo n’est ni archaïque, ni frileuse, ni prisonnière d’un passé colonial fantasmé. Elle agit dans le cadre précis de son mandat légal, avec une responsabilité claire : restaurer et préserver la confiance dans le Franc Congolais. Dans un pays longtemps meurtri par l’instabilité monétaire, cette action est moins une obsession qu’un acte de salubrité économique.

En attendant la vulgarisation du Plan Stratégique de la BCC 2026-2030, l’Autorité monétaire attire l’attention du lecteur et l’interpelle dès l’entame de son propos : « Pendant trop longtemps, nous avons vécu avec l’idée que le Franc Congolais était condamné à la faiblesse. La dépréciation de notre monnaie était devenue une habitude, presqu’une normalité. On finissait par ne plus se poser la question du “pourquoi”, comme si tout cela allait de soi. Je veux le dire clairement : le Franc Congolais n’a pas vocation à être faible. Il n’existe pas de fatalité monétaire. Il y a des choix, des institutions et une capacité collective à assumer ces choix dans la durée. Les épisodes récents d’appréciation et de stabilisation du Franc Congolais montrent que lorsque nous agissons avec lucidité, discipline et cohérence, l’histoire peut s’écrire autrement. Au cœur de ce plan, nous avons formulé notre raison d’être : veiller à ce que le Franc Congolais contribue à la prospérité du pays et de ses habitants. Cette phrase est notre boussole. Chaque décision de politique monétaire, chaque réforme interne, chaque évolution de nos instruments devra être jugée à cette aune simple : est-ce que cela renforce le rôle du Franc Congolais au service de la prospérité du Congo et du bien-être de sa population ? » (BCC, 2025).

C’est vraisemblablement ce renforcement de la monnaie nationale accueilli comme un soulagement par la grande majorité de la population, du reste rémunérée en CDF, qui froisse une minorité d’universitaires sans expérience monétaire éprouvée et défendant, au nom de théories désarticulées, des intérêts des lobbys qui ont longtemps tiré profit de la dépréciation de la monnaie de la RDC consacrée par la Constitution. Quoi qu’il en soit, la BCC est vivement encouragée à veiller à ce que le Franc Congolais contribue à la prospérité du pays et de ses habitants. Avec comme piliers l’indépendance, la gouvernance, la communication, les ressources humaines, la digitalisation et l’inclusion financière, ce plan stratégique est plus que digne de confiance, autant que le Franc Congolais, patrimoine national, qui est redevenu une source de fierté.

En définitive, si lorsque la monnaie cesse de s’effondrer, certains regrettent le confort intellectuel du chaos, le Grec, pour sa part, choisit la rigueur, la clairvoyance et la souveraineté responsable.

 

Groupe de recherche en économie et commerce (Grec)

Références
Acemoglu, D., & Robinson, J. A. (2012). Why nations fail: The origins of power, prosperity, and poverty. Crown Business.
Banque Centrale du Congo. (2025). Plan Stratégique de la Banque Centrale du Congo 2020-2026. BCC.
Banque des règlements internationaux. (2020). Sound practices: implications of fintechdevelopments for banks and bank supervisors. BIS.
Blanchard, O. (2017). Macroeconomics (7th ed.). Pearson Education.
Friedman, M. (1963). Inflation: Causes and consequences. Asia Publishing House.
Reinhart, C. M., Rogoff, K. S., & Savastano, M. A. (2003). Addicted to dollars. NBER Working Paper No. 10015.

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