« Le premier ministre n'est pas un garçon de course » : Le FCC de Joseph Kabila et sa marée humaine [Reportage]

 « Le premier ministre n'est pas un garçon de course » : Le FCC de Joseph Kabila et sa marée humaine [Reportage]
Annoncée il y a peu, l'impressionante marche du Front commun pour le Congo (FCC) s'est tenue ce jeudi. Tôt le matin le long du vaste boulevard Lumumba à Kinshasa, devant la mythique école catholique Saint Raphaël, lieu de rencontre, des milliers de manifestants font jonction en provenance de différentes communes  kinoises à peine sortie de l'état d'urgence sanitaire. Ramazani Shadary secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et son épouse, Néhémie Mwilanya coordonateur du FCC, Adolphe Lumanu, She Okitundu, Aubin Minaku, Evariste Boshab, Raymond Tshibanda, Ngoy Kasanji, Geneviève Inagosi, Jean-Pierre Kambila... Des caciques du FCC présents et sueurs au front pour, disent-ils, défendre la constitution, les institutions et la démocratie face « à la dérive dictatoriale naissante. »
 
Sur Lumumba, puis boulevard Sendwe pour atterrir à la place Pont Cabu, « itinéraire convenu avec la Police » précise un manifestant, une foule immense, impressionnante, en procession, chante et exalte au nom de Joseph Kabila et de son Front commun pour le Congo... Itinéraire engouffré, noir de monde. « Tokolakisa bango lelo » (Ils verront aujourd'hui, en français), entonnent les marcheurs, arpentant les allées Sendwe, masse compacte. Quand un des manifestants, jaune vêtu, « aux couleurs du PPRD » lâche-t-il, tient à nous livrer ses émotions : « déterminés, décidés de défendre la démocratie en péril et les institutions démocratiques ainsi que le peuple affamé face à la montée du dollar et l'occupation du pays par les forces étrangères, les forces politiques membres du FCC font aujourd'hui une démonstration historique dans les rues de Kinshasa. Un message fort pour quiconque... »
 
À la place Pont Cabu, point de chute, où un dispositif policier était placé à l'entrée du boulevard Triomphal, Ramazani Shadary et Néhémie Mwilanya se sont adressés à la presse, expliquant l'objet de la marche.
 
« Il y a musèlement de la justice et de la presse. L'opinion publique n'est plus respectée, la liberté de la presse n'est plus respectée. De plus en plus nous avons constaté qu'il y a déjà un décor de la dictature qui s'implante dans notre pays. C'est pourquoi nous qui sommes alliés, nous dénonçons, nous disons qu'il faut que les gens reviennent sur la ligne droite, c'est-à-dire l'État de droit. Quand on nomme les juges constitutionnels par exemple, nous félicitons les gens qui étaient nommés, car ces sont des grandes personnalités qui remplissent des conditions, mais s'il vous plaît, ce qu'on demande c'est le respect de la procédure. Il faut qu'on arrange la forme, point barre. Ces gens vont travailler sans problème si on respecte la forme. Le premier ministre n'est pas un garçon de course, il est responsable parce qu'il est chef du gouvernement. Il faut le respecter », dit Ramazani Shadary, l'air rassuré.
 
Et Néhémie Mwilanya de prendre voix : « Je pense que nous sommes des bons élèves de la coalition mais attention, nous pensons seulement que nous ne donnons pas de chèques en blanc, nous pensons que la coalition est assise sur la constitution de la République. Et à partir du moment où on veut réduire la constitution à sa plus simple expression nous ne sommes pas d'accord. La coalition est assise sur l'équilibre des pouvoirs entre le président de la République et la majorité parlementaire. A partir du moment où il y a une des parties de la coalition qui veut s'arroger les pouvoirs de l'autre partie, nous ne sommes pas d'accord. La coalition est assise sur la séparation des pouvoirs. A partir du moment où des élus de l'Assemblée nationale, du Sénat, ne sont plus pris en compte, on veut que les deux chambres deviennent des chambres d'enregistrement, nous ne sommes pas d'accord. Et enfin, nous pensons que la coalition c'est dans l'intérêt de la population. Or, nous avons l'impression que tous les problèmes majeurs de la population deviennent le cadet de la coalition aujourd'hui. Vous avez la vie qui devient chère, le taux du dollars qui monte... nous tirons la sonnette d'alarme rien n'est fait. Vous avez sept armées étrangères sur le territoire national, du jamais vu. Nous tirons de sonnette d'alarme, ça n'intéresse pas le partenaire de la coalition. »
 
La marche du FCC veut donc dire non à « la dictature naissante, non à l'insécurité à l'Est, non à la vie chère, non à la violation intentionnelle de la constitution et de l'accord de coalition, qui doit être évalué. »
 
La posture policière de ce jour était celle d'encadrer la marche, sans permettre l'accès vers le Palais du peuple. Tout issus vers le siège du Parlement était bloqué. Double dispositifs policiers. Le premier au croisement Kasa-vubu - boulevard Triomphal, sur la place Pont Cabu. Le dernier, le plus imposant, sur Triomphal au niveau de l'école Sévigné. La marche, elle, s'est arrêtée au niveau de Pont Cabu. Aucun incident n'est signalé par la Police, pas d'affrontement. « La marche des civilisés », tranche un militant, étendard autour du coup.
 
Tony-Antoine Dibendila

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