Jean-Marc Kabund, l'humiliation était prévisible

Jean-Marc Kabund, l'humiliation était prévisible

La destitution de Jean-Marc Kabund serait-elle « un complot ourdi » comme il l'assure lui-même ? Possible, la politique en est cousue.

La journée de lundi 25 mai a été assurément la plus longue pour l'homme au bérêt, passé maître aux répliques et attaques au vitriol à l'égard de partenaires politiques de son parti l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), formation aux arènes du pouvoir. Sa destitution, intervenue tard dans la soirée, est apparue comme un soulagement pour les adversaires politiques - il les compte même à l'UDPS - de cet homme aux affirmations libertines : c'est de là d'ailleurs que « la trame » à son encontre est passée. Ce fut, et cela reste, son talon d'Achille.

L'histoire récente rappelle son ultimatum de 48 heures fin 2018 après l'accord politique de partis de l'opposition à Genève, lancé contre le fils Tshisekedi qui deviendra plus tard président de la République. Ou encore ses allusions à « la théorie de la nage » en narguant les caciques de la coalition partenaire du Front commun pour le Congo (FCC) de l'ancien président Joseph Kabila... jusqu'aux 7 millions qui seraient nécessaires pour organiser un congrès. Un chiffre qui lui a posé problème, qu'il n'a jamais justifié et a conduit à sa déchéance. Cette raison avancée pour sa destitution, noble ou pas, dresse le tableau de la complexité de méandres politiques.
 
Les discours extrêmes de Kabund ne sont pas en vrai son vice, plutôt le bout d'un bloc glacial plus immense qui titille la surface. Ce bloc de glace, ses postures politiques qui trahissent une attitude d'électron libre versant vers l'autoritarisme et une malignité politique à outrance : il s'accroche à « un mandat spécial de président intérimaire du parti » déjà expiré qui vexe la majeure partie de hauts cadres de sa formation politique, il dirige seul faisant fi de prescrits de leurs propres statuts, il ignore toutes critiques de ses compères et les démet à tour de rôle, il fait affronter le groupe de militants boudeurs à celui favorable à son être, il envoie au corps à corps une émeute de « combattants » fidèles à lui face à tout adversaire dont le bureau de l'Assemblée nationale auquel il faisait partie, il livre à la tracasserie judiciaire un élu auteur d'une procédure parlementaire à son encontre - la goutte qui a débordé le vase.
 
Ses choix pouvaient tenir tant qu'il bénéficiait d'un solide soutien de cadres et militants acquis à la cause « Tshisekediste ». Se détachant, il s'est livré à la vindicte. Aucune machine politique ne saurait lui venir en aide. Peter Kazadi, ancien conseiller du feu Étienne Tshisekedi, a jugé au cours d'un programme audiovisuel être « plus difficile à rencontrer Kabund que le président congolais. » Il s'est isolé, se recroquevillant autour de son ami Augustin Kabuya qu'il a bombardé secrétaire général pour former une paire. La sanction n'a pas tardé, et l'humiliation avec elle. Les parlementaires l'ont allègrement viré du bureau de la chambre basse.
 
« L'expérience me l'a enseigné, on ne peut lutter contre une communauté entière (...) Pas si on n'est que deux », écrit Dennis Lehane sur la page 104 de son Shutter Island.
 
Jean-Jacques Mamba, député de l'opposition à l'origine de la pétition qui a conduit à sa destitution, est actuellement en résidence surveillée accusé de faux et usage de faux dans la collecte des signatures. Ses collègues ont repris la balle au bond, la conférence des présidents de l'Assemblée nationale en première ligne.
 
Une rixe occasionnée par les pro-Kabund a bien beau éclaté entre élus au sein de l’Assemblée nationale le lundi du vote de la déchéance, une suspension de la pleinière s'en suivie, une cristallisation des humeurs pouvait envahir l'hémicycle, 315 députés nationaux se sont prononcés à tour de rôle, 289 ont décidé d'élaguer Jean-Marc Kabund du bureau, 17 ont voulu son maintien et 9 se sont abstenus. Ce qui était redouté est arrivé. Ce cadre de l'UDPS est écarté. Il eut une nuit, il eut un matin. Un autre, du même parti, devra le remplacer. Aucun tremblement de terre n'est enregistré comme promis par certains de ses proches.
 
« C'est sans surprise pour moi. Ce passage en force du FCC est la preuve que le complot était ourdi et va au-delà de ma destitution. En vrai Tshisekediste,  je quitte ce poste la tête haute et sans compromission. Fier d'avoir défendu notre idéal de combat, notre pouvoir et le président de la République », se console-t-il sur Twitter immédiatement après sa déchéance.
 
Pour la tribune de l'analyste politique Michel Kalala Wa Mukendi parue le même soir, « il convient de tirer comme leçon de ce qui vient de se passer à l'Assemblée nationale que bien que Joseph Kabila n'ait pas donné un mot d'ordre de vote, le FCC demeure une force politique à ne pas sous estimer en RDC étant donné le contrôle qu'il a sur le Parlement national et les Assemblées provinciales. Et donc, toute tentative de se passer de Joseph Kabila et de sa majorité pourrait s'avérer suicidaire (...) Car, le FCC vient de démontrer sa supériorité numérique et stratégique dans un exercice démocratique même si la pétition était l'œuvre du député MLC. »
 
Maintenant qu'il n'est plus au bureau, lui qui, pas n'importe qui, y été grâce à l'accord politique FCC-CACH, qu'est-ce qui va se passer ? La question taraude les esprits, mais la réponse réside dans le processus de mise en place dudit accord et dans la réponse à la question, qui ont décidé de la création de la coalition au pouvoir ? Les victimes du nouvel ordre politique sont légion.
 
Tony-Antoine Dibendila
 
 
 
 

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