RDC : une grosse enquête et une sérieuse note occidentales fragilisent Vital Kamerhe

RDC : une grosse enquête et une sérieuse note occidentales fragilisent Vital Kamerhe

Le Groupe d'étude sur le Congo (GEC), un centre de recherches lié à l'Université de New York, et le média d'État français RFI, se sont procurés ou consultés fin avril et début mai des tas de documents sur le procès autour de Vital Kamerhe.

Ce dernier, allié du président Félix Tshisekedi et récemment écarté de la tête de son cabinet pour raison « d'indisponibilité », est placé en détentiont provisoire à la Prison centrale de Makala à Kinshasa. La justice congolaise le poursuit pour détournement d'un peu plus de 50 millions de dollars américains, destinés à l'achat et à l'érection de maisons préfabriquées dans le cadre du projet de logements sociaux inscrit au programme d'urgence des 100 jours du chef de l'État congolais. Quand la note d'analyse du premier estime que Kamerhe n'est pas « entièrement responsable » de la megestion de ce programme, le second décrit un mécanisme crédibilisant les surfacturations dont le président de la formation politique UNC était un personnage-clé dans l'orchestration.

Vital Kamerhe Lwakanyinginyi Nkingi n'est nullement le seul mis au banc des accusés. À ses côtés, l'octogénaire homme d'affaires libanais Samih Jammal et un responsable d'import-export à la présidence Jeannot Luhima Ndole.
 
L'enquête du média français, dans sa construction du texte, relaie une confidence faite par un proche de la famille Kamerhe qui confirme qu'en janvier 2019, quand Tshisekedi est arrivé au pouvoir, « les fils de Samih Jammal ont été mis en relation avec le neveu (Daniel NKingi en cavale, recherché depuis peu par le Parquet, ndlr) de Vital Kamerhe par un ami. » De là très probablement, qu'est né le lien entre l'ex-directeur de cabinet du président congolais et l'homme d'affaires libanais. Lors de la première audience le 11 mai dernier, à tour de rôle, les deux hommes ont nié s'être rencontrés ne serait-ce qu'une seule fois dans cette vie, quoique nombre d'images attestent le contraire. Le site d'informations congolais Politico, qui suit de très près ce dossier, a confirmé dans un de ses articles un rendez-vous en tête à tête entre les deux hommes de mois plus tôt, dans la résidence du premier. 
 
Le flou persiste, surtout que moins de deux mois après ce rapprochement présumé, la société Samibo Congo SARL de Jamal gagne le marché des maisons préfabriquées par procédure de gré à gré et empoche 57,5 millions de dollars du Trésor public congolais, l’intégralité de la somme due à sa société, « sans qu’aucune maison préfabriquée ne soit même livrée. » Le hic, enchaîne l'enquête de RFI, le Parquet congolais dans ses investigations n’a retracé qu'un « peu plus de huit millions de dollars. »
 
La panoplie de documents sur la table du Parquet révèlent de surfacturations de l'ordre de 20.000 à 30.000 dollars au prix unitaire. Une maison villa deux chambres préfabriquée presentée 35 000 dollars et une maison préfabriquée villa duplex 45 000 dollars par Samibo Congo SARL, alors que le « fabricant turc Karmod indique lui sur son site que des maisons similaires à celles installées au camp Tshatshi, font respectivement 51 m2 avec une chambre et 91 m2 avec deux chambres et un étage. Ces sont parmi les moins chères de son catalogue. Elles ne coûtent que 5 500 et 13 000 dollars en Turquie, toutes taxes comprises », rapporte le contenu médiatique ci-dessus évoqué.
 
Et dans son courrier depuis la prison, Vital Kamerhe a tenté justifier ces surfacturations du libanais alors que son autre entreprise Husmal SARL, chargée par la présidence dans ce même cadre du programme des 100 jours pour l'achat et l'érection de 3000 autres maisons destinées aux policiers et militaires, applique des tarifs différents : les coûts de ces mêmes maisons varient 16 000 et 19 000 dollars toutes charges comprises.
 
Et c'est le GEC qui entre en jeu dans sa note parue en mai, « Opacité, quand tu nous tiens. Ce que l'affaire Kamerhe nous apprend sur la gestion du programme d'urgence de Félix Tshisekedi. »
 
Bien qu'aux questions, « qui doit être tenu politiquement responsable de l’échec de ce "programme d’urgence" initié par Félix Tshisekedi ? Et qui doit en répondre devant la justice ? », la note du centre répond par, « ces deux questions distinctes nécessitent des réponses nuancées, même si l’opinion semble avoir trouvé son coupable désigné : Vital Kamerhe. D’autant que, les faiblesses systémiques dont a hérité Félix Tshisekedi et son directeur de cabinet ne peuvent pas leur être entièrement attribuées. »
 
L'analyste au GEC Trésor Kibangula, commentant l'analyse-maison sur RFI, se veut on ne peut plus clair : « Dans le programme de 100 jours il y a eu beaucoup de malversations financières, beaucoup de détournement de fonds comme l'attestent de centaines de documents que le GEC a pu rassembler (...) Son nom (celui de Vital Kamerhe, ndlr) revient souvent, dans plusieurs documents notamment, surtout dans les deux affaires auxquelles il est poursuivi, l'affaire liée à la construction de 1500 maisons préfabriquées dans le cadre de logements sociaux destinés à cinq provinces mais aussi l'affaire liée à trois mille autres maisons qui étaient destinées aux policiers et aux militaires. » La prochaine audience pour Vital Kamerhe et ses coaccusés est prévue pour le 25 mai prochain.
 
TAD
 
 

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