En RD Congo, « la brutale » interpellation du prédicateur Ngoy Mulunda indigne la toile

En RD Congo, « la brutale » interpellation du prédicateur Ngoy Mulunda indigne la toile

Les sphères politiques virtuelles en RD Congo, Twitter en avant-garde, s'enflamment depuis l'annonce de l'arrestation du prédicateur Ngoy Mulunda lundi 18 janvier, ancien président de la Commission électorale congolaise (CENI) reconverti en ultra-kabiliste. La justice congolaise l'accuse d'avoir tenu des propos séparatistes lors du culte commémoratif de la mort de Laurent-Désiré Kabila, le défunt président congolais mort assassiné dans son bureau en 2001.

Les propos du prédicateur, dans les faits : « si vous voulez la paix et vous voulez que le Katanga continue à être attaché à la RDC, vous devez du respect au sénateur à vie Joseph Kabila Kabange. Dieu a donné chacun sa terre, le Kivu aux kivutiens, Kinshasa aux kinois, le Kasaï aux kasaiens... », avait-il dit. Est-ce une menace ? Est-ce l'expression d'une profonde frustration au regard de l'actualité politique marquée par le rééquilibrage des principales forces en présence pas assez favorable pour la famille politique du « Raïs » Joseph Kabila, dont le pasteur Ngoy Mulunda fait partie ?

L'ex-province du Katanga aujourd'hui éclatée en cinq nouvelles provinces après le découpage territorial de 2015 (Haut-Katanga, Lualaba, Tanganyika, Lomami et Haut-Lomami) est dépositaire d'un épisode historique sombre de sécession, survenue après l'indépendance de 1960. Le sujet au Congo reste sensible.

Néanmoins, les questions fusent sur les vrais mobiles de l'interpellation de l'ancien président de la CENI jugée « violente » par une des structures crédibles de défense des droits humains, Association congolaise pour l'accès à la justice (ACAJ) de l'activiste George Kapiamba. « L'ACAJ est vivement préoccupée par la violence ayant caractérisé l’interpellation, à Lubumbashi, le 18/01/2021, du pasteur Ngoy Mulunda. Sans préjuger sur le fond de ce qui lui serait reproché, l’ACAJ rappelle que toute personne est présumée innocente jusqu’à l’établissement de sa culpabilité », tweete ce mardi l'ONG.

Quand la page Twitter officielle du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) réagit, « l’État de droit, c’est un pasteur à Kinshasa qui viole, insulte, incite à la haine matin, midi et soir avec les applaudissements du jury et un Révérend qui est arrêté à Lubumbashi de la manière la plus brutale, pour une prédication supposément dangereuse ». La réaction faisant allusion à des multiples sorties médiatiques d'un autre prédicateur congolais, Mukuna, défenseur des actions du parti au pouvoir l'UDPS, récemment détenu à la prison centrale de Kinshasa dans une affaire de viol.

Dans le même réseau social, le célèbre journaliste Louis d'or Balekelayi tente d'apaiser les esprits : « l'arrestation de Ngoy Mulunda est une erreur stratégique vue la tension politique qui ne baisse pas depuis des mois. En même temps je condamne la xénophobie d'où qu'elle vienne. J'appelle les communautés à vivre dans l'harmonie et à ne pas faire le jeu des politiciens. Les souvenirs des années quatre-vingt-douze ne devraient plus rejaillir... »

Le transfert du prédicateur Mulunda à Kinshasa, annoncé par plusieurs sources, n'a plus eu lieu. Il est jugé à Lubumbashi, cette deuxième ville du pays localisée au sud-est.

Tony-Antoine Dibendila


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