La dangereuse affaire Minembwe, l'opinion RD congolaise en alerte maximale

La dangereuse affaire Minembwe, l'opinion RD congolaise en alerte maximale

Ces derniers jours, Minembwe dans le Sud-Kivu, à l'Est du pays, revient au cœur d'un vif débat qui date des années de la deuxième guerre du Congo (fin des années quatre-vingt dix et début de celles 2000) période durant laquelle les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenus par le Rwanda voisin, ont fait de Minembwe « un territoire indépendant », en même temps que Bunyakiri dans le territoire de Kalehe. Déjà à l'époque, des tensions autour de la reconnaissance ou non  de ces territoires entre différentes composantes du gouvernement issues des accords de Sun-City, étaient vives.

Dans un article du journal Le Potentiel paru en février 2006, à son numéro 3656, les confrères décrivent la position du RCD, devenu formation politique d'Azarias Ruberwa actuel ministre congolais de la Décentralisation, qui « pointait du doigt » l'ancien parti présidentiel le PPRD, l'accusant de « violer l'Accord de Lusaka et l'Accord global et inclusif de Sun-City qui reconnaissent la validité des actes politiques et administratifs posés par les belligérants dans les entités sous leur administration durant la période de guerre. » Pour  l'ex-mouvement rebelle devenu parti politique, le PPRD s'opposait à la transformation de Minembwe en territoire.
 
Lors de la première législature post-transition, la question a été largement débattue à l'Assemblée nationale, sous la présidence de Vital Kamerhe. Le ministre de l'Intérieur de l'époque Denis Kalume, a relevé les obstacles qui empêchaient de faire de la région de Minembwe un territoire : son empiètement sur trois autres territoires environnants, ses données non fiables en terme du nombre d'habitants(où les Banyarwanda appelés couramment Banyamulenge sont majoritaires), et ses propres communautés autochtones(Bafuliro, Babembe, Banyindu et Bashi) qui résistent à l'initiative de l'érection de Minembwe en territoire. Seuls d'importants leaders de la communauté Banyarwanda tiennent mordicus à ce projet. Le souhait du RCD s'est vu donc bloqué par conséquent.
 
L'acte qui fâche
 
Reçu le lundi 05 octobre 2020 sur le plateau d'un programme audiovisuel aux contenus politiques l'ancien combattant Maï-Maï Pathy Katanga questionne, « pourquoi seulement les Banyamulenge insistent sur la délimitation administrative de Minembwe, alors que les autres communautés qui sont d'ailleurs autochtones, les Bafuliro, Babembe, Banyindu et Bashi ne trouvent aucun inconvénient quant à la non limitation ?  Pourquoi c'est toujours eux ? » Il réagissait sur l'épineux dossier, l'installation par le ministre de la Décentralisation Azarias Ruberwa, du tout premier bourgmestre et son adjoint à la tête de Minembwe, transformée en commune rurale dont les limites débordent et se prolongent au-delà de son assise.
 
« La RDC a plus de 270 communes dont les bourgmestres doivent être intronisés, pourquoi Azarias Ruberwa doit-il accorder un attachement particulier à la commune rurale de Minembwe ? », s'est interrogé à chaud le député élu du Nord-Kivu, Muhindo Nzangi. 
 
Pour cause, l'activisme du ministre à l'égard de Minembwe. Pour installer le bourgmestre, il se fait assister d'une importante délégation composée du ministre de la Défense Aimé Ngoy Mukena, du Général Muhima Dieudonné, de hauts officiers de l'armée conduits par le chef d’État major le lieutenant-général Célestin Mbala, de six autres généraux et de plusieurs députés nationaux. Une impressionnante troupe de hauts responsables de l'État congolais pour installer Gad Mukiza, un bourgmestre. Une scène surréaliste, vue de Kinshasa ou de n'importe quelle autre entité territoriale décentralisée.
 
La posture prise par le député Muhindo n'était qu'un préambule. Des critiques, allant de simples aux plus radicales, ont plu tout juste.
 
« L’installation des communes rurales de Minembwe ou autre est un détournement de la loi et une corruption des règles », pour le député national et président du parti Envol Delly Sessanga, qui poursuit, « le gouvernement à la suite du Sénat avait relevé la violation de la loi dans la création de ces communes. J’ai dirigé les travaux sur la loi sur des entités territoriales décentralisées. rien ne le justifie. »
 
Quand son collègue Jean-Marie Bulambo, élu de la province qui abrite Minembwe, Sud-Kivu, prend le relai, plus prolifique. « L’Est de la RDC est une contrée très sensible, et quand nous assistons à un show de nature de celui qu’on a vu à Minembwe, il y a des inquiétudes. On a vu des hélicoptères de la Monusco transportant la représentante personnelle du secrétaire général des Nations Unies. Nous nous posons la question de savoir si elle est derrière quelle résolution des Nations Unies quant à celà ? De 2, on a vu l’ambassadeur des USA à Minembwe, qu’était-il parti faire là-bas ? Quel est son rôle dans tout ça ? On a vu le représentant des FARDC au sommet, s’agit-il d’une érection ou quoi je me pose des questions. On a vu la pléiade des ministres, qui sont partis là-bas, personne n’a été informée, on était surpris de voir que tout ce monde là se retrouve de ce côté là et quelques députés recrutés ci et là… Moi je dis cette contrée est très sensible. On a perdu dans ce pays plus  de 10 millions de congolais à cause de conflits dans ce coin là et les plaies sont encore ouvertes. »
 
Et de poursuivre, « tel que nous avons appris, cette commune là prendrait un espace plus grand que le Rwanda. Commune rurale, ça étonne tout le monde. Mon Village à moi Biralombi à 170km est compris dans cette commune là et tant d’autres en chefferie de Basile, en chefferie Wamuzimu. On a pris un peu partout. Walungu n’est pas épargné, Fizi a sa partie intégrée là dedans. Qu’est-ce qu’on cherche là ? C’est ça la question. Selon les textes… la commune rurale ne peut pas dépasser 5 kilomètres carré, et c’est pourquoi j’ai la certitude qu’elle ne peut pas être installée - une commune rurale - là où il y a une chefferie, un secteur parce qu’ils ont les mêmes compétences du point de vu des entités décentralisées... La loi est heurtée ici. On a étouffé les lois de la RDC pourquoi ? Dans quel intérêt ? Et nous disons attention, nous ne laisserons pas cette imposture se faire. Nous irons auprès des cours et tribunaux de ce pays. Nous tendons notre regard vers les autorités du pays notamment le chef de l’État pourqu'il arrête cette mascarade. Ce n’est dans l’intérêt de personnes… il en va de la crédibilité du chef de l’État. »
 
Dans cette contrée de Minembwe, la communauté Banyarwanda, appelée notamment Banyamulenge, compte une population majoritaire. Le ministre Ruberwa est de cette ethnie. Durant la deuxième guerre du Congo son mouvement armé RCD occupait ladite nouvelle commune rurale qui était gerée comme un territoire indépendant. La question de l'ancien combattant Maï-Maï, relevée plus haut, revient, plus éclairée. Pourquoi monsieur Ruberwa et certains ressortissants de sa communauté, tiennent à la délimitation administrative et donc géographique de Minembwe ?
 
Les Banyarwanda mués en Banyamulenge, démarche sémantique 
 
Certaines sources rapportent que l'initiative mordicus de délimiter Minembwe, suit la logique de l'autonomie, la création future d'une sorte d'enclave, de la Balkanisation à partir de l'intérieur du Congo-Kinshasa.
 
Dans une longue intervention médiatisée du très respecté historien congolais Ndaywel è Nziem, la question des origines et des agissements de neo-congolais que sont les Banyarwanda, sont retracés. Apporte-t-elle un éclairage ? Possible.
 
« Le terme Banyamulenge a surgit vers le début des années soixante-dix. Les immigrants rwandophones des plateaux de l'Itombwe dans le Sud-Kivu, l'ont mis en honneur pour faire prévaloir leur antériorité sur le territoire congolais et s'efforcer de se différencier des vagues migratoires qui ont suivi, particulièrement à l'âge postcolonial. Les enquêtes menées par l'historienne américaine Catherine Newbury avaient confirmé qu'effectivement l'arrivée d'un groupe de Banyarwanda venu s'installer dans cette région pour se mettre à l'abris des violences du règne du Rwabugiri. Mais jusqu'aux années soixante-dix, reconnaît un des principaux leaders du groupe, je cite Muller Ruhimbika, leur dénomination était celle de Banyarwanda », dit le professeur Ndaywel.
 
Qui conclut, « l'option qu'ils avaient prise de se différencier des autres immigrants n'était pas nécessairement de pure façade. L'on a vu par exemple un officier de cette contrée, le commandant Masunzu qui en un premier temps avait combattu dans les rangs du FPR(rébellion rwandaise qui a ramené Kagame au pouvoir, ndlr), puis dans ceux de l'AFDL (mouvement armé du défunt président Laurent-Désiré Kabila, ndlr) et du RCD/Goma(groupe armé soutenu par le Rwanda et dirigé par Azarias Ruberwa, ndlr) faire volte-face en second temps pour s'opposer à l'emprise du Rwanda et la présence envahissante de ses troupes au Congo. Mais il n'empêche que le résultat auquel a aboutit de nos jours, cette initiative sémantique de différencier ce groupe des autres immigrants, est plus que décevant. »
 
Tony-Antoine Dibendila

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