Un député national accusé « d'incitation à la haine » en Ituri, province déchirée par les violences

Un député national accusé « d'incitation à la haine » en Ituri, province déchirée par les violences

Il y a peu, l'élu Samy Adubango a été interpellé par plusieurs de ses collègues députés nationaux et même le bureau de l’Assemblée provinciale de l'Ituri, cette province du nord-est de la République démocratique du Congo en proie aux conflits ethniques et à une présence active des groupes armés. En effet, à l'occasion d'un conflit récent entre les groupements Angal 2 et Djukoth, certains leaders locaux ont entraîné des bandes assimilées à la milice CODECO de Walendu Watson à opérer des razzia. Mécontent et hors de lui, Samy Adubango, dans un enregistrement sonore parvenu à votre rédaction, encouragerait la population Alur attaquée à la vengeance.

« Il faut tirer les oreilles de nos frères qu'ils puissent savoir comment s'exprimer. Toi tu maîtrises très bien la géographie d'Angal 2 et d'Alur. Au moment où je vous parle je suis dans mon salon chez moi à Kinshasa, Kingili est vidé de sa population, on vient d'incendier toutes les maisons... Ces maisons sont celles de fils et de filles des Alur(...) Je pense que nous n'allons pas laisser cette histoire. Ce sera maintenant un élément que nous allons exploiter pour faire voir clairement aux Alurs qui ne sont pas informés de ce qui nous guette, nous des Alurs, que voilà il y a un problème », dit la voix dans un sonore qui s'apparente à un appel téléphonique adressé à « un notable » d'origine Alur vivant en Ituri.
 
Et l'audio de conclure, « c'est clair et net, il n'y a pas à contourner. A mon humble avis, moi personnellement, je dois sensibiliser et mobiliser maintenant la population des Alurs, qu'elle sache qu'il y a un problème très sérieux qui nous guette. C'est clair, il n'y a pas à contourner. Trop c'est trop, on en a marre et la discrimination on en a assez. »
 
Sauf que certains craignent que ces appels à la vengeance intensifient les dérives criminelles dans la région, du genre d'un des conflits ethniques les plus récents, ayant coûté la vie à plus de 60.000 personnes selon le rapport des experts des Nations Unies paru en octobre 2002.
 
Certaines personnalités influentes de la province invitent à cette occasion les autorités à suivre de près ce cas pour ne pas laisser des auteurs des crimes impunis, estimant que « l'Ituri a besoin non seulement de toutes ses filles et fils pour construire son unité mise à mal par des milices, mais aussi et surtout d’écarter, désolidariser et dénoncer tous ceux qui se cachent et agissent derrière d’autres pour déstabiliser les efforts des pouvoirs publics en matière de paix et unité du pays en général, et des zones sous menaces des rebelles et autres miliciens en particulier. »
 
Comment l'Ituri, jadis havre de paix, est-il devenu un foyer de tensions ?
 
Selon le rapport de Human Right Watch du 17 octobre 2002,  « les conflits qui ont opposé les membres des communautés ont découlé en partie, des tentatives des politiciens et hommes d'affaires influents visant à accroître les avantages qu'ils tirent de leurs activités commerciales », mais également « des massacres, des viols avec ou sans violence ont été perpétrés, ordonnés ou cautionnés par des dirigeants qui exploitent  des questions d'appartenance ethnique pour acquérir ou préserver un pouvoir politique et/ou économique en Ituri. »
 
Certains États voisins et firmes internationales sont également accusés d'y organiser de trafic d'armes en complicité avec diverses milices tribales dans la région.
 
Sébastien Mulamba

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