RD Congo : Marquée par la violence, la sueur et les affrontements, la marche de l'UDPS et alliés [Reportage]

RD Congo : Marquée par la violence, la sueur et les affrontements, la marche de l'UDPS et alliés [Reportage]

Les autorités de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti dont le leader est le président congolais Félix Tshisekedi, avaient promis de manifester contre la désignation de Ronsard Malonda comme candidat des Confessions religieuses pour briguer la présidence de la Commission électorale du pays (CENI) et l'enterinement de sa candidature par l'Assemblée nationale, le jeudi. Tôt dans la matinée, des unités policières étaient déployées aux différents carrefours à Kinshasa, pour contenir les éventuels débordements. C'est donc vers 09 heure de la ville, que les militants de cette formation politique et ses dizaines d'alliés se sont mis à converger, direction le Palais du peuple, siège du Parlement, bien que toutes les manifestations aient été interdites par les autorités, au nom de l'état d'urgence sanitaire. Reportage.

La capitale congolaise semble paisible en début de journée. Les places Super Lemba au sud-est, Rond-point Huilleries au nord... sont policièrement quadrillées. Le plus important dispositif de force de l'ordre est placé autour du site du Parlement, aucun accès n'est autorisé. Ni pour les piétons, moins encore pour les véhicules - même les ambulances sont obligées de contourner les allées bloquées : Les tronçons du Triomphal compris entre les avenues Huilleries et Libération (ex-24 novembre), et celui qui serpente les arrières du Palais donnant vers le quartier Beau vent... Une importante ossature policière, l'unique peut-être à avoir reçu des ordres fermes.
 
Et les manifestants, venus de divers points de rencontre, avec « un renfort venu de la Tshangu (un district populaire vers l'est de la ville, bastion kinois de la contestation, ndlr) », tel que reprend un militant en pleine marche sur le boulevard Lumumba, se dirigent en masse compacte. D'un coup, Ils prennent d'assaut le siège du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) à Limete 6 ème rue, le long du mentionné boulevard. « Les bandits de l'UDPS nous ont attaqué », alertent les membres du parti de l'ancien président Joseph Kabila, en permanence au siège de cette fédération du Mont Amba pris en étau.
 
Les faits révèlent les casses : vitres démolies, clôtures effondrées, tôles tailladées, chevrons entaillés... La violence a laissé ses traces.
 
Les centaines de marcheurs, visiblement enragés, scandant de chansons hostiles à Ronsard Malonda et au Front commun pour le Congo (FCC) pourtant partenaire de la coalition gouvernementale, s'oriente vers le boulevard Sendwe, qui mène jusqu'à Triomphal et le Palais du peuple. Là, ils ne s'entendaient guère à une résistance. Les militants du PPRD, sortis d'un autre siège de leur parti le long de Sendwe, forme une barrière et refuse tout passage aux militants UDPS et alliés. « Nous ne les laisserons pas passés, ils ne veulent rien d'autre que déstabiliser le pays. Ils veulent mettre à feu les institutions, nous devons protéger la République », lâche, d'un air déterminé, un des militants du PPRD devant ce siège. Un affrontement d'une ténacité rare s'ensuit, la Police intervient et le passage se déverrouille en faveur des manifestants membres du parti de Tshisekedi. La Police encadre donc la marche, ce, malgré l’interdiction de toute manifestation par le gouvernement, pour raisons de l'état d'urgence causé par la crise liée au nouveau Coronavirus.
 
Ils atteignent le boulevard Triomphal, qui donne au Palais du peuple. Pour quoi y faire ? Officiellement, pour « déposer un mémorandum » au bureau de la présidente de l'Assemblee nationale Jeanine Mabunda. Or, la veille, des rumeurs ramenant à la mise à feu du siège de cette institution congolaise ont eu pignon à rue. Et là, au croisement Triomphal - Huilleries, la farouche barrière de la Police, le dernier rempart, demande aux manifestants de se disperser. Face au refus des militants la Police fait, enfin, usage de canon à eau et de gaz lacrymogène. Les coups de gaz ont plu, les manifestants les plus endurcis répondent par de jets de pierre. Et les jets de pierre ont plu.
 
Les deux parties, après quelques courses au chat et à la souris en plein Triomphal, principalement dans le tronçon pris entre les avenues des Huilleries et Kasa-vubu, pneus brûlés vers l'entrée du stade des Martyrs aux abords du boulevard et aussi à la place Pont Cabu... un mur des hommes en uniforme se forme au niveau de l'entrée du stade. Les tirs de gaz et rares coups de feu pour sommation s'intensifient, les manifestants se lassent, et la dispersion s'accélère. Au retour, parlant du prédicateur congolais Sony Kafuta, président des églises de réveil, son temple sur Sendwe a été vandalisé par un groupe de manifestants, qui l'accusent d'être favorable pour Ronsard Malonda. Ce que réfute l'homme de Dieu sur une radio locale, précisant que l'élection du président de la CENI contesté était régulière. Il accuse l'église Catholique d'être derrière le saccage de son église et promet la réplique.
 
Augustin kabuya a annoncé trois morts dans les rangs de l'UDPS. Bilan provisoire non encore confirmé par les sources officielles.
 
Tony-Antoine Dibendila
 

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